Sahel – Perceptions des facteurs de radicalisation, de violence et d'(in)sécurité

S’il existe de nombreuses perceptions extérieures de la région du Sahel, et notamment une inquiétude quant à la radicalisation croissante d’une partie de sa population, on dispose en revanche de très peu d’informations sur ce que les habitants de cette zone pensent de la radicalisation, de la violence et de l'(in)sécurité auxquelles ils sont confrontés dans leur vie quotidienne. En partant du constat que les réponses institutionnelles au radicalisme privilégient une approche exclusivement politique et militaire, HD et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) ont décidé en 2015 d’entreprendre une recherche pour recueillir le point de vue de 800 personnes dans huit pays de l’espace sahélien. Le but du projet est de contribuer à l’élaboration de réponses non coercitives à la radicalisation et, au final, de favoriser une approche différente des défis liés à ce problème, tels que la gestion des frontières, la refondation de l’État, le développement ou les processus de dialogue fondés sur la religion et la communauté.

Historique

Malgré plusieurs tentatives visant à rétablir la paix entre diverses communautés de la région, plusieurs pays du Sahel continuent à faire face à des conflits internes. Une série de problèmes, notamment des tensions religieuses, l’impact grandissant de la radicalisation et le développement du trafic et du crime organisé, viennent compliquer la situation. Les zones frontalières sont particulièrement affectées par ces phénomènes. Le Sahel est une région située  à la lisière du désert saharien et autour du lac Tchad, où s’entrecroisent les frontières de huit États : le Burkina Faso, le Mali, le Sénégal, la Mauritanie, le Niger, le Cameroun, le Nigeria et le Tchad. Les zones frontalières, où cohabitent de nombreuses langues, cultures et religions, sont généralement éloignées de la capitale de chaque pays, d’où une difficulté des États à fournir à leurs populations le même niveau de service public qu’ailleurs. Par conséquent, les habitants de ces différentes zones ont souvent davantage en commun les uns avec les autres qu’avec leurs propres États.

Devant les inquiétudes de la communauté internationale sur la radicalisation de cette région, le projet de recherche de HD a recueilli les points de vue d’habitants des huit pays sur les sujets de l’extrémisme et du radicalisme. L’étude a également exploré leurs perceptions des communautés et des États qui les entourent ainsi que de leur propre sécurité et de ceux qu’elles estiment être les mieux placés pour les protéger.

Activités

Compte tenu du nombre de pays, de communautés, de langues et de cultures concernés par ce projet, il était primordial pour HD de recruter des chercheurs dans chaque pays, leur connaissance approfondie du contexte local étant indispensable au processus de recherche, mais aussi à l’analyse des résultats. L’organisation a donc mis sur pied, pour chacun des huit pays, une équipe comprenant deux chercheurs nationaux, qui ont eux-mêmes formé un total de 59 enquêteurs pour les aider dans leur travail. HD a réuni les équipes de chercheurs à Dakar afin de convenir de l’approche à adopter et des sujets à aborder dans le cadre de l’enquête.

Les équipes ont alors parcouru plus de 20 000 kilomètres pour recueillir les perceptions de la population locale sur leur vie quotidienne. Elles ont réalisé 698 entretiens en incluant d’anciens membres de groupes armés et leurs sympathisants dans l’étude. Le travail accompli a été remarquable, compte tenu des nombreuses difficultés d’ordre politique, sécuritaire, géographique et culturel que les équipes de chercheurs ont dû surmonter pour mener à bien cette recherche.

Malgré leur situation souvent précaire, les personnes interrogées ont généralement fait preuve d’une attitude pragmatique face à l’insécurité et les chercheurs ont été bien accueillis par la population locale, qui appréciait que l’on sollicite son point de vue. Un certain nombre de représentants considérés comme influents dans les différentes communautés ont par ailleurs été invités à participer à des réunions de groupe organisées par HD dans la capitale de chaque pays afin d’aborder plus en détail les sujets de l’étude.

Une fois la collecte de données terminée, HD a à nouveau réuni les équipes de chercheurs à Dakar pour démarrer le processus d’analyse des résultats. Les perceptions rassemblées lors de ce processus ont ensuite fait l’objet de huit rapports nationaux indiquant des pistes de réflexion pour aborder les préoccupations et les difficultés propres à chaque pays.

Afin d’identifier les similitudes et les contrastes entre les différentes zones de la région du Sahel, un rapport international a également été rédigé. Ce document présente une analyse plus générale de l’impact des enseignements tirés de la recherche menée dans les huit pays. Il comprend en outre des études de cas réalisées par des experts sur des thèmes  tels que la migration, la déradicalisation et la justice transitionnelle. Le rapport international propose par ailleurs des recommandations plus larges destinées aux membres des sociétés sahéliennes, mais aussi aux responsables gouvernementaux et aux représentants de la communauté internationale, pour aborder les problèmes contribuant à la montée de la radicalisation, et développer des mesures non coercitives visant à les résoudre.

Les résultats de ce projet de recherche unique sont communiqués aux médiateurs et aux parties concernées au sein de la communauté internationale.

Soutien financier

HD tient à remercier le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), qui lui a confié la réalisation de ce projet de recherche.

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