Kenya, Vallée du Rift

Les élections de 2007 au Kenya se sont accompagnées de tensions qui ont dégénéré en violences suite à l’annonce des résultats. HD a réagi rapidement en détachant deux membres de son équipe à plein temps auprès du Groupe d’éminentes personnalités africaines de l’Union africaine dirigé par Kofi Annan, afin de mener en urgence des négociations de paix. Ces dernières ont donné lieu à une série d’accords connus sous le nom de « processus de dialogue et de réconciliation nationale », dont HD a suivi activement la mise en œuvre.

Les élections de 2007 au Kenya se sont accompagnées de tensions qui ont dégénéré en violences suite à l’annonce des résultats. HD a réagi rapidement en détachant deux membres de son équipe à plein temps auprès du Groupe d’éminentes personnalités africaines de l’Union africaine dirigé par Kofi Annan, afin de mener en urgence des négociations de paix. Ces dernières ont donné lieu à une série d’accords connus sous le nom de « processus de dialogue et de réconciliation nationale », dont HD a suivi activement la mise en œuvre.

En raison de clivages historiques et politiques profonds au sein de la population, le territoire le plus affecté par les affrontements post-électoraux a été la Vallée du Rift. En 2011, HD a été sollicité pour contribuer son expérience et son expertise à une initiative de paix menée entre les anciens des deux principaux groupes résidant dans cette région, les Kikuyus et les Kalenjins, qui avaient été les principaux protagonistes de la crise de 2007-2008. L’objectif de ce projet était de soutenir le dialogue entre les acteurs majeurs du comté de Nakuru, dans la province de la Vallée du Rift, afin d’empêcher une reprise des violences lors des élections nationales de 2013 et de poser les bases d’une coexistence pacifique entre toutes les communautés de la région. L’initiative de paix a été une réussite, comme l’ont montré les élections présidentielles de mars 2013. Le déroulement pacifique du scrutin a en effet été attribué aux efforts fournis par les anciens, les femmes et les jeunes, qui ont diffusé des messages de paix dans tout le comté de Nakuru et aux alentours. Pour la première fois depuis 1992, le calme a régné dans la région et aucun acte de violence n’a été signalé pendant cette période.

Les élections nationales de 2013 ont marqué l’aboutissement de l’initiative de HD dans la Vallée du Rift, et HD espère que l’esprit de coopération développé par les Aînés se perpétuera.

Historique

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Au cours de son histoire, la Vallée du Rift a abrité de nombreux peuples différents, notamment les Massaïs et les Kalenjins, ainsi que les Kikuyus, qui ont été encouragés à s’installer dans la région pendant la présidence de Jomo Kenyatta (1964-1978). Le président Kenyatta était lui-même un membre de l’ethnie kikuyu.

Lorsqu’un président kalenjin (Daniel Arap Moi) lui a succédé, les Kikuyus sont restés dans la Vallée du Rift. La plupart des griefs entre les deux groupes sont nés de différends territoriaux. En outre, depuis l’indépendance du pays, obtenue en 1963, le pouvoir politique au niveau national a généralement été divisé entre des représentants des Kikuyus et des Kalenjins.

Les antagonismes locaux et politiques entre les deux groupes se sont exacerbés en 2007, après le résultat contesté des élections présidentielles. Dans la crise qui a suivi, des groupes armés issus des deux camps ont formé des milices, faisant de la Vallée du Rift le principal champ de bataille entre les partisans du président sortant Kibaki et ceux du leader de l’opposition, Raila Odinga. Grâce aux accords issus du processus de dialogue et de réconciliation nationale, la situation a fini par s’apaiser. En plus d’orchestrer un partage du pouvoir entre les deux parties, ces accords ont ouvert la voie à des réformes constitutionnelles et à des changements en matière de gouvernance. Des représentants de comtés ont ainsi été élus pour la première fois lors des élections générales de mars 2013.

Malgré les tensions du passé, les représentants politiques ainsi que certains membres des communautés kikuyu et kalenjin sont parvenus à entretenir des relations satisfaisantes. Un sentiment de solidarité s’est notamment développé au sein des deux communautés (sans toutefois être partagé par tous) suite à l’inculpation des responsables des deux camps par la Cour pénale internationale (CPI) pour crime contre l’humanité suite aux violences commises en 2007 et 2008. Les deux actuels leaders considèrent ces procès comme un point de convergence pour leurs communautés et pour  eux-mêmes.

Activités

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En 2011, les Aînés des communautés kikuyu et kalenjin ont pris part à un processus de paix amorcé par le Comité de pilotage national pour la consolidation de la paix et la résolution des conflits (National Steering Committee on Peacebuilding and Conflict Resolution, NSC) et la Commission d’intégration et de cohésion nationale (National Cohesion and Integration Commission, NCIC) du Kenya.

La NCIC a été créée en 2008 par une loi du Parlement pour faciliter et promouvoir l’égalité des chances, les relations harmonieuses et la coexistence pacifique entre les peuples d’ethnies et d’origines raciales différentes au Kenya. Le processus de paix entrepris par les Anciens des Kikuyus et des Kalenjins visait à répondre aux griefs opposant les deux groupes grâce à la signature d’un accord de paix et d’une feuille de route, le but étant de contribuer à la prévention des risques de violences lors des élections de mars 2013 et, à l’avenir, à la coexistence pacifique de toutes les communautés.

L’objectif de HD concernait plus précisément la prévention de la violence dans le comté de Nakuru, dans l’est de la Vallée du Rift, pendant la période des élections. Dans cette optique, l’organisation a soutenu la NCIC et le NSC lors des négociations d’un accord de paix avec les Anciens, notamment en veillant à ce que celui-ci soit compatible avec les accords issus du processus de dialogue et de réconciliation nationale, conclus en 2008. Pour augmenter les chances d’instaurer une paix durable entre les Kikuyus et les Kalenjins, HD a également coopéré avec la NCIC pour exhorter les Anciens à partager les informations concernant le processus et le contenu du projet d’accord définitif avec les femmes, les jeunes et d’autres minorités du Kenya absentes du processus de négociation officiel.

La NCIC et le NSC ont identifié 80 Anciens (dont 40 appartenant aux Kikuyus et 40 aux Kalenjins) possédant une influence notable dans le comté de Nakuru et dans l’ensemble de la région. Les deux groupes se sont tout d’abord réunis chacun de leur côté pour établir leurs principaux sujets de préoccupation, avant de se rassembler pour se présenter mutuellement leurs griefs, qui portaient notamment sur des conflits territoriaux, les activités des milices dans la région et les inégalités en matière de réinstallation des personnes déplacées internes.

En mai 2011, HD, convié par la NCIC à assister à la troisième rencontre conjointe des Anciens, a pu exposer son travail et son rôle lors du processus de dialogue national de 2008. Les représentants de l’organisation ont également expliqué qu’ils pouvaient aider les deux parties à élaborer un accord de paix en veillant à ce que celui-ci vienne compléter la mise en œuvre du processus de dialogue et de réconciliation nationale alors en cours. Après avoir reçu le soutien des deux groupes, HD a commencé à contribuer à l’initiative, à la demande de la NCIC.

Lors d’une réunion ultérieure entre les Anciens et les gouverneurs des comtés de la région, chaque groupe d’Anciens a décrit ses traditions culturelles et réaffirmé son engagement à garantir le déroulement pacifique des élections. À l’issue de cette rencontre, les Anciens ont convenu de parcourir la région pour expliquer ensemble le processus de paix à leurs communautés respectives. L’initiative a été couronnée de succès, comme l’a montré ensuite une réunion de bilan convoquée par la NCIC. Les Anciens avaient noué des liens plus solides les uns avec les autres mais aussi avec les responsables locaux. En outre, ils étaient parvenus à régler un différend entre les Massaïs et les Kikuyus à Naivasha, où les vols de bétail avaient diminué de 90 % suite à leur intervention.

La NCIC a alors demandé à HD de tirer parti de ses expériences précédentes au Kenya et de son expertise en matière de processus de paix pour aider les Anciens Kikuyus et Kalenjins à développer le projet d’accord. En mars 2012, l’organisation a assisté à une rencontre entre 24 Aînés (soit douze de chaque communauté, choisis au hasard par le comité technique pour mettre la dernière main à l’accord). Suite à une discussion sur leurs principales divergences, un nouveau projet d’accord a été élaboré avec le concours de HD. Après plusieurs débats, ce projet a été modifié et une version révisée de l’accord a été approuvée par les deux groupes présents, qui l’ont ensuite présenté à l’ensemble des Anciens participant au processus de paix.

Peu après cette rencontre, la NCIC a invité deux des Anciens (les coordinateurs des groupes kikuyu et kalenjin) à présenter leur point de vue sur le processus de paix à l’occasion d’une réunion de femmes kenyanes. Cet événement, facilité par HD avec le soutien d’un club de femmes de carrières libérales et commerciales de Nakuru, s’est déroulé en présence du président de la NCIC. Lors de la réunion, les Anciens des communautés kikuyu et kalenjin ont assuré aux participantes que les femmes seraient informées de ce projet d’accord et qu’eux-mêmes étaient prêts à écouter leurs opinions sur le sujet et à en tenir compte.

Les Anciens se sont par ailleurs adressés aux représentants de leurs communautés respectives, y compris ceux de la jeunesse, pour leur exposer le projet d’accord et obtenir une adhésion plus large dans tout le comté de Nakuru. Afin que le plus grand nombre possible de personnes soient informées, la NCIC et HD ont aussi rencontré des chefs religieux, qui ont exprimé leur attachement aux initiatives menées en faveur de la paix. Les Anciens des deux groupes ont également débattu de l’accord avec des représentants d’autres communautés du comté de Nakuru, notamment les communautés luo, gusii, kamba, mijikenda, somalie et luyia, qui l’ont approuvé après avoir recommandé que le texte reconnaisse leurs griefs et leur contribution au processus de paix.
Enfin, en partenariat avec la NCIC, le NSC et les Anciens, HD a finalisé le projet d’accord et organisé une vaste campagne pour le faire connaître dans tout le comté de Nakuru en prévision de la cérémonie de signature officielle. Des points de presse ont notamment été organisés au sein de différentes agences, ainsi qu’une conférence de presse à Nairobi.

Le texte, appelé le « Nakuru County Peace Accord » (Accord de paix du comté de Nakuru), a été signé par les Anciens des communautés kikuyu et kalenjin et ceux des autres communautés le 19 août 2012 à Nakuru. La cérémonie de signature s’est déroulée en présence de la NCIC, de la Commission vérité, justice et réconciliation, du bureau du commissaire de province et de HD. L’accord vise à résoudre les problèmes existant entre les communautés kalenjin et kikuyu ainsi que d’autres communautés de la province. Il souligne les dangers de la politisation des communautés et la nécessité que tous les leaders s’engagent à gouverner pour l’ensemble des résidents du comté. Le texte comprend un code de conduite enjoignant à toutes les personnes exerçant une charge publique d’instaurer la confiance, de prévenir les violences et de veiller à ce qu’aucune communauté ne soit exclue de façon permanente de la gouvernance et des fonctions de l’État.

Nakuru County Peace Accord

Par ailleurs, HD a aidé le comité technique des Anciens à mettre sur pied un plan de mise en œuvre de l’accord. Suite à la signature du texte, l’organisation a en effet facilité de nouvelles discussions avec les Anciens afin de préparer la mise n application de l’Accord et a apporté son soutien à des campagnes de sensibilisation menées à Rongai, une localité identifiée par la NCIC comme l’un des points chauds du comté de Nakuru. De plus, HD a fait appel à un expert des questions territoriales pour examiner avec les Anciens les problématiques liées aux conflits territoriaux et aux personnes internes déplacées afin de prévenir les violences électorales.

Si cette initiative visait le comté de Nakuru, dans la Vallée du Rift, la NCIC et HD reconnaissent que le processus et l’accord définitif peuvent servir de modèle pour d’autres communautés et zones géographiques du Kenya.

Fidèle à sa volonté de promouvoir l’apprentissage et d’améliorer la pratique de la médiation, HD, en collaboration avec la NCIC, a organisé une réunion avec les Anciens afin de réfléchir au processus de paix de Nakuru, d’en dégager les principaux enseignements et de déterminer dans quelle mesure il pourrait servir à développer des processus similaires dans d’autres régions. Le but de la rencontre était également d’avancer dans la mise en œuvre de l’Accord de Nakuru. L’événement a réuni des représentants de treize communautés ainsi que la NCIC et HD. Le gouverneur adjoint nouvellement élu a également assisté à la réunion au nom du gouverneur du comté.

Bien qu’il ait initialement souffert d’un climat de suspicion entre les Anciens, le processus de paix de Nakuru a peu à peu vu s’instaurer une réelle confiance entre les deux groupes. Le processus a également reçu l’appui des responsables du comté, et notamment du gouverneur lui-même. Les Anciens ont par la suite continué à travailler avec le comté en contribuant à la mise en œuvre de l’accord de paix et à sa popularisation.

En revanche, les médias ont été pointés du doigt pour avoir entravé l’application de cet accord en diffusant de la propagande et en politisant le processus. Il est ressorti de cette expérience que les relations avec les médias devaient faire l’objet d’une réflexion sérieuse afin d’adopter à l’avenir une approche permettant d’obtenir leur soutien.

Pour ce faire, une étude de cas a été entreprise afin d’élaborer un modèle qui puisse être adapté par d’autres communautés du Kenya. L’étude de cas a examiné le processus de paix et la méthodologie employée pour sélectionner les Anciens. Elle a mis en en balance les résultats obtenus et les objectifs de départ. Elle a ainsi permis d’identifier les aspects positifs du processus ainsi que ses lacunes et les difficultés rencontrées, et de mettre en avant des recommandations pour les futures interventions de la NCIC. Pour mener à bien ce travail, des consultations ont été organisées, ainsi qu’un atelier qui a permis de dégager des enseignements auprès des Anciens des communautés kikuyu et kalenjin, de la NCIC et d’autres partenaires ayant participé au processus, mais aussi de membres sélectionnés parmi les communautés.

Les élections nationales de mars 2013 ont marqué l’aboutissement de l’initiative de HD dans la Vallée du Rift. Avant les élections, l’organisation et les Anciens ont organisé une série de dialogues sur des points de désaccord entre acteurs locaux, notamment la question de certains territoires contestés et de la réinstallation des personnes internes déplacées. À l’issue des élections, qui se sont déroulées sans incident, les Anciens ont rapporté que, de l’avis général, le processus de dialogue avait eu une influence positive importante sur le déroulement du scrutin dans le comté de Nakuru.

Soutien financier

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HD tient à remercier le ministère du Développement international (DFID) du Royaume-Uni pour le soutien apporté à ce projet et à ce processus de paix.

Galerie de photos

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Accords et déclarations

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