Signing ceremony of the Southern Plateau Peace Declaration, Nigeria, December 2016, between 56 ethnic communities following an Inter-communal dialogue process led by HD.

Nigeria

Le centre du Nigeria, région considérée comme la ligne de démarcation entre le Nord, musulman, et le Sud, majoritairement chrétien, est ravagée depuis des décennies par des conflits récurrents, responsables de milliers de morts.

Fort de son expérience dans la Vallée du Rift du Kenya, où il a soutenu avec succès le processus de paix de Nakuru de 2012 à 2013, HD a commencé à travailler dans la région au début de l’année 2013. Son objectif était de trouver une réponse aux conflits endémiques qui affectaient la région et de faciliter la réconciliation entre les différents groupes par le biais de processus de dialogue intercommunautaires. Commencée dans l’État du Plateau, l’intervention de HD s’est par la suite étendue à l’État voisin de Kaduna. Depuis 2013, l’organisation a mené trois processus de dialogue intercommunautaires inclusifs dans la région (à Jos au sud de l’État du Plateau ainsi qu’au sud de l’Etat de Kaduna). Ces processus ont contribué à la réduction des hostilités ouvertes entre les communautés et ont abouti à la signature de trois déclarations d’importance: la Déclaration d’engagement en faveur de la paix, dans l’État du Plateau, la Déclaration de paix de Kafanchan, dans le sud de l’Etat de Kaduna, et la Déclaration de paix du sud de l’État du Plateau.

Historique

Depuis des décennies, le Nigeria connaît régulièrement des épisodes de violences, en particulier dans la ‘Middle Belt’ (ceinture centrale), terme qui désigne les États du centre du pays. Cette région représente la ligne de démarcation entre le Nord, principalement musulman, et le Sud, en majorité chrétien. La coexistence de groupes ethno-religieux de petite et de grande taille dans cette région est source de tensions, et les affrontements entre communautés, pour des motifs tels que les terres, l’accès aux ressources et le pouvoir politique, sont fréquents. Cette rivalité a causé des milliers de morts au cours des dernières décennies.

La définition du statut des différents groupes du Nigeria, telle qu’elle apparaît dans la Constitution du pays, constitue une autre source de conflit dans la région. Le problème est lié à la dichotomie indigène/colon, qui confère des droits à certains groupes communautaires, considérés comme les indigènes d’un État, au détriment d’autres, « colons » venus d’autres régions du Nigeria. Le statut exclusif des indigènes a largement contribué aux conflits endémiques qui touchent certaines parties du centre du pays, où des groupes communautaires luttent pour obtenir une égalité d’accès à des terres, des ressources et un pouvoir politique qui, dans de nombreux cas, demeurent le privilège de la population indigène des États concernés.

Activités

Le projet de l’organisation a pour principal objectif d’encourager les communautés à adopter le dialogue comme mode alternatif de résolution des conflits afin de parvenir à une coexistence pacifique.

Depuis le début de l’année 2013, HD a dirigé et facilité trois processus de dialogue et de médiation intercommunautaires dans cette région du Nigeria (à Jos, dans l’État du Plateau, au sud de l’Etat de, et dans la partie sud de l’État du Plateau). Menés par les communautés elles-mêmes, les dialogues ont permis à ces dernières d’être plus directement impliquées dans la recherche de solutions durables à leurs problèmes et préoccupations et d’instaurer entre elles des relations de confiance. HD a encouragé la participation de toutes les couches de la société civile et recherché l’adhésion et le soutien de parties prenantes de premier plan, notamment le gouvernement fédéral, les États fédérés et les gouvernements locaux, mais aussi les milieux d’affaires, les chefs traditionnels, les leaders communautaires et religieux, les femmes et les jeunes. Les processus de dialogue étaient ainsi pleinement inclusifs. Cette approche ascendante, qui offrait un modèle différent pour aborder les problèmes entre les communautés, a été accueillie favorablement. Elle a permis à HD de développer une nouvelle culture du dialogue entre les groupes pour la résolution de leurs différends.

Les processus de dialogue intercommunautaires, qui se sont déroulés en trois grandes étapes, ont abouti à la signature de déclarations majeures dans chacune des régions : la Déclaration d’engagement en faveur de la paix, dans l’État du Plateau, en décembre 2014, la Déclaration de paix de Kafanchan, dans l’État de Kaduna, en mars 2016, et la Déclaration de paix du sud de l’État du Plateau, en décembre 2016.

https://www.youtube.com/watch?v=xCJilSCM4u0

La première étape a consisté à planifier et préparer minutieusement les processus de dialogue. Pour ce faire, HD a organisé des discussions bilatérales avec des acteurs clés, notamment des représentants des États fédérés et des gouvernements locaux, des chefs traditionnels, des leaders communautaires et religieux, des membres des milieux d’affaires, des femmes et des jeunes, afin de recueillir leurs points de vue sur la structure et la composition du processus de dialogue à mettre en œuvre, mais aussi d’obtenir leur adhésion et leur soutien.

Pendant la deuxième phase du processus, HD a aidé les communautés à préparer des documents de position exposant leurs problèmes et leurs préoccupations. Ces documents, qui ont formé la base des discussions menées lors du processus de dialogue, ont ensuite été résumés pour constituer une feuille de route/programme de discussion. Des réunions d’information ont également été organisées avec les populations locales, dans l’ensemble des communautés, afin de leur soumettre, pour approbation, les problèmes et les préoccupations exposés dans les documents de position présentés par les différents représentants. Ces réunions ont favorisé une appropriation par les communautés locales du processus de dialogue, mais aussi l’émergence d’idées et de stratégies permettant d’affronter leurs problèmes et leurs préoccupations. Les discussions officielles entre les communautés ont alors commencé. Il était prévu qu’elles se déroulent sur une période de plusieurs mois, chaque table ronde devant durer quatre à cinq jours. Chacune de ces rencontres a donné lieu à une série d’accords et de recommandations élaborés par les communautés elles-mêmes dans le but de résoudre le conflit.

La troisième et dernière phase du processus de dialogue mené par HD est toujours en cours : elle concerne la viabilité à long terme des processus de paix mis en place. Depuis la clôture des discussions menées dans le cadre des processus de dialogue officiels, l’organisation aide les communautés des trois régions à développer des stratégies de mise en œuvre sur la base des recommandations issues des processus. En outre, HD a mis sur pied des « Réseaux de gestion des tensions » composés de représentants des groupes communautaires ayant participé aux processus de dialogue. Ces réseaux assurent le suivi de la situation sécuritaire et interviennent en cas de besoin. En collaboration avec les gouvernements locaux, les États, les agences de sécurité et les communautés, ils ont également mis en place des stratégies pour régler les problèmes de sécurité et préserver les acquis des processus de dialogue.

HD continue à apporter un soutien technique aux communautés pour les aider à pérenniser des processus de paix et des Réseaux de gestion des tensions, mais aussi à mobiliser le gouvernement fédéral et les différents États, ainsi que les agences de développement et de consolidation de la paix qui travaillent sur le long terme, afin qu’ils soutiennent les opérations de mise en œuvre.

Inauguration d’une pancarte présentant les excuses des communautés à Samaru, localité de Zangon-Kataf, État de Kaduna. De gauche à droite : le chef de la communauté Kagoro ; Danjuma Laah, sénateur de la zone sénatoriale du Kaduna Sud ; Alice Nderitu, conseillère sénior et médiatrice principale pour HD, et Nasir El Rufai, gouverneur de l’État de Kaduna.

Inauguration d’une pancarte présentant les excuses des communautés à Samaru, localité de Zangon-Kataf, État de Kaduna. De gauche à droite : le chef de la communauté Kagoro ; Danjuma Laah, sénateur de la zone sénatoriale du Kaduna Sud ; Alice Nderitu, conseillère sénior et médiatrice principale pour HD, et Nasir El Rufai, gouverneur de l’État de Kaduna.

HD a par ailleurs commencé à intervenir dans l’État de Benue, touché par des conflits intercommunautaires qui trouvent notamment leurs causes dans de litiges territoriaux et frontaliers, mais aussi des querelles ancestrales et des différends entre dirigeants locaux. Le conflit qui oppose agriculteurs et éleveurs en particulier s’intensifie, laissant craindre une escalade de violence à court terme. HD a pour objectif de mener un dialogue entre ces deux groupes afin de faciliter un accord entre eux sur des règles communes d’engagement fondées sur des précédents historiques.

Résultats obtenus

Les accords de paix signés respectivement à Jos, dans le sud du Kaduna et dans le sud de l’État du Plateau par 8, 29 et 56 communautés ont permis à ces groupes de se réunir pour la première fois pour aborder ensemble les problèmes qui les divisaient depuis bien longtemps.

Aujourd’hui, la confiance entre les communautés a progressé, comme en témoignent l’augmentation du nombre d’interactions et la diminution des hostilités entre elles.

Les processus mis en œuvre ont contribué à atténuer la méfiance qui caractérisait leurs relations, ce qui leur a permis de mieux comprendre leurs préoccupations et leurs problèmes mutuels et d’adopter le dialogue comme mode alternatif de résolution des conflits. De plus, des voies de communication se sont ouvertes entre les communautés et les gouvernements des États fédérés grâce à la participation de ces derniers, et des gouvernements locaux, aux processus de dialogue. Le gouvernement fédéral et les États ont également soutenu la mise en œuvre des processus de dialogue menés à Jos et dans le sud du Kaduna en engageant des fonds pour l’application des recommandations clés issues de ces processus.

La mise en œuvre des recommandations a commencé dans les trois régions. Les infrastructures détruites à Jos pendant les crises ont été reconstruites, des discussions sur la réinstallation des personnes internes déplacées ont été entreprises, des pancartes présentant des excuses publiques ont été installées dans le sud du Kaduna et, dans le sud de l’État du Plateau, des chefs traditionnels ont été désignés par le gouverneur de l’État pour renforcer la confiance entre les communautés.

Les Réseaux de gestion des tensions mis sur pied dans les trois régions ont permis de préserver une paix relative et interviennent de façon continue durant les phases de tensions telles que les périodes électorales.

HD a également aidé les États du Plateau et de Kaduna à créer des institutions chargées de garantir la viabilité des processus de paix. Une agence de consolidation de la paix (« Peace Building Agency ») a ainsi été mise en place dans l’État du Plateau pour superviser les initiatives de paix qui y sont menées. De même, une commission pour la paix sera bientôt formée dans l’État de Kaduna afin de veiller à la pérennité du processus de paix et des efforts entrepris précédemment pour résoudre les conflits endémiques qui touchent cet État, mais aussi d’assurer le suivi de la mise en œuvre de la Déclaration de paix de Kafanchan.

Inclusion

La participation des femmes était essentielle pour que les processus de dialogue menés soient pleinement inclusifs. HD a introduit cette idée lors des discussions bilatérales avec les parties prenantes. L’organisation a ensuite aidé les femmes de chaque région à mettre sur pied des comités de pilotage composés de représentantes influentes dans le domaine de la consolidation de la paix. Issues des communautés participant aux discussions du processus, ces femmes étaient nommées par les leaders communautaires. Les comités de pilotage de femmes ont été chargés de mener des discussions plus larges avec les femmes des couches populaires en cherchant à recueillir leur avis sur la meilleure manière d’aborder leurs difficultés et leurs préoccupations. Lors de ces forums, où elles ont pu s’exprimer sur les problèmes qui les affectaient directement lors des affrontements communautaires, elles ont formulé des recommandations pratiques pour le traitement des dimensions sexospécifiques de la violence. De plus, les comités de pilotage de femmes ont élaboré, à Jos et dans le sud du Kaduna, une « Déclaration pour la paix » affirmant leur engagement à adopter le dialogue comme mode alternatif de résolution des conflits. HD a également apporté son soutien aux comités en passant en revue les recommandations issues des processus de dialogue pour déterminer dans quelle mesure elles intégraient les problèmes et les préoccupations exprimés par les femmes. Les idées et les réactions de ces dernières ont ensuite été incorporées au processus de rédaction des principaux accords entre les communautés.

Soutien au processus électoral national et local du Nigeria

Lors de l’élection présidentielle et des élections de gouverneurs (au niveau des États fédéraux) du Nigeria, qui se sont respectivement déroulées le 28 mars et le 11 avril 2015, HD a entrepris, en collaboration avec d’autres organisations du secteur de la consolidation de la paix, de mettre en place un mécanisme de résolution des conflits de haut niveau afin de résoudre toute crise susceptible d’émerger pendant ou après cette période. La tâche de HD était d’appuyer les efforts de médiation menés par le Comité national pour la paix (créé pour garantir la tenue d’élections libres) en cas de violences généralisées. Avec le soutien de l’organisation, ce comité a fourni un travail précieux avant, pendant et après les élections afin de veiller à ce qu’elles se déroulent sans heurts, dans un climat pacifique.

À l’issue de cette initiative fructueuse, HD a réalisé une étude d’évaluation complète afin de : 1) proposer un compte rendu détaillé sur les différents mécanismes, officiels ou informels, mis en place au niveau de l’État fédéral et des États fédérés pour prévenir et régler les différends et les affrontements violents, et en particulier les conflits liés aux élections de 2015 ; 2) acquérir une meilleure connaissance des facteurs qui influent sur l’instauration et la gestion de modes alternatifs de résolution des conflits (MARC) au Nigeria ; 3) mesurer les points forts et les faiblesses, ainsi que les avantages et les inconvénients, des différents modèles de MARC mis en œuvre au Nigeria ; et 4) identifier des opportunités de recourir à des MARC pour s’attaquer à certaines causes systémiques et récurrentes de conflits dans le pays.

Soutien financier

HD adresse ses sincères remerciements aux gouvernements canadien et allemand pour le soutien qu’ils ont apporté aux processus de dialogue. L’organisation tient également à exprimer sa reconnaissance au ministère du Développement international (DFID) du Royaume-Uni et aux gouvernements norvégien et australien, qui appuient ses initiatives actuelles au Nigeria, en particulier le soutien aux élections et les processus de dialogue dans le centre du pays.

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Accords et déclarations

Autres ressources

Publications sur ce thème